CECI n'est pas EXECUTE Mondes américains : Le Brésil d’Ancien Régime. Institutions impériales, société coloniale

Programmes des séminaires de l'année 2012-2013 |

Le Brésil d’Ancien Régime. Institutions impériales, société coloniale

Jean-Frédéric Schaub, Jean Hébrard et Géraldine Méret

Ce nouveau séminaire a deux fonctions principales. Il doit être le lieu de présentation et de discussion de l’historiographie brésilienne et brésilianiste sur la période coloniale. Il est également le cadre de développement d’une recherche collective engagée sur la notion de « bon gouvernement des gens » dans les municipalités brésiliennes d’Ancien Régime. Les séances historiographiques et celles qui portent sur la recherche commune en cours alterneront pendant les deux semestres. Les matériaux seront mis à disposition des étudiants et participants à travers l’espace numérique de travail.
1) L’examen de l’évolution du paysage historiographique portera en priorité sur les modèles aujourd’hui en discussion au Brésil. « Ancien système colonial portugais », « Ancien Régime sous les Tropiques », « Compagnie des Indes » ou « Gouvernement des Autres » : ces formules désignent pour les unes des cadres d’interprétation et pour les autres des réseaux de recherches aujourd’hui très actifs au Brésil (ainsi qu’au Portugal). La question posée est de savoir à quel point la critique du paradigme de l’État moderne, telle qu’elle a été conduite en Europe à propos des institutions royales et princières, peut modifier l’analyse des institutions et de la société Brésilienne d’Ancien Régime. En retour, nous mettrons ne valeur les propositions historiographiques qui placent l’accent sur le poids exercé par des sociétés coloniales et esclavagistes à très grande échelle sur les sociétés européennes elles-mêmes.
2) L'avancée du programme de recherche conduit avec nos collègues de l’Université fédérale de Rio de Janeiro fera l’objet de séances de travail collectif. Les partenaires brésiliens du projet qui viendront à Paris pourront partager avec nous l’avancée de leurs enquêtes de terrain dans le séminaire. Il s’agira de vérifier, par l’examen des actes des municipalités brésiliennes, les modes de circulation des concepts du droit savant et de la théologie morale dans les usages politiques ordinaires. Les villes concernées sont Salvador de Bahia, Rio de Janeiro, São Paulo, Vila Rica, São Luis. L’équipe parisienne fera porter l’essentiel de son effort sur la ville de Bahia. C’est pourquoi, un lien sera naturellement opéré avec l’autre projet en cours, Baia16-19, qui porte sur l’histoire de la première capitale de l’Amérique portugaise, en coopération avec l’Université fédéral de Salvador de Bahia et l’Université nouvelle de Lisbonne – Centre d’histoire de l’Outre-mer.
Les lectures qui serviront de point de départ pour chaque séance seront mises en ligne dans l’espace numérique de travail. Les étudiants de master qui souhaitent valider ce séminaire devront envoyer, avant chaque séance, un commentaire de 3000 à 4000 signes sur les lectures du jour.
 

Programme annuel de séminaires sur le Brésil d’Ancien Régime

La recherche en histoire sur l’Ancien Régime a pris un tournant au cours des vingt dernières années. L’investissement des corps sociaux dans les finances des monarchies, c’est-à-dire dans la dette consolidée de la royauté ; la puissance politique des institutions religieuses et l’actualité de leur appareil dogmatique ; la pluralité des sources et des formes du droit ; la maîtrise des territoires comme expression de l’autorité princière ; la superposition de plusieurs régimes de production et de réception des textes et des images ; la rivalité entre les institutions prescriptrices du goût dans une économie diversifiée de la consommation : autant de fronts de travail sur lesquels de nombreux chercheurs, et notamment à l’Ecole, ont fait avancer de façon décisive nos outils d’analyse et nos connaissances sur les sociétés d’Ancien Régime.
De la Renaissance aux Lumières, il semblait entendu que l’étude des caractères singuliers des sociétés d’Ancien Régime s’appuyait sur des terrains tous situés en Europe occidentale. Sans doute, les historiens modernistes de l’Europe n’ignorent-ils plus que l’intelligence de leurs objets requiert une attention, ne serait-ce que complémentaire, à l’égard des expansions coloniales et des structures impériales qui ont pesé sur la formation de l’Europe. Cependant, l’hypothèse que les sociétés coloniales dominées par des européens puissent être des lieux d’observation pertinents pour mieux comprendre les sociétés antérieure aux Révolutions libérales est longtemps demeurée absente de nos débats. On peut le comprendre. En effet, la transposition outremer d’institutions européennes n’a pas reproduit outremer des morceaux d’Europe. La composition des populations en situation coloniale déterminait des dynamiques sociales singulières : poignées de portugais négociant une présence territoriale dans une Inde immense ; Espagnols des Andes instaurant une « république » séparée des Indiens ; les compagnies françaises de Sénégambie impuissantes à pénétrer le continent ; maîtres des plantations américaines recréant un semblant de sociabilité européenne dans un environnement peuplé aux neuf dixièmes d’esclaves africains ; et partout, des métis aux statuts et au prestige social des plus divers. Autre écart fondamental : la maîtrise territoriale s’exerce dans les espaces américains à des échelles inconnues de l’Europe occidentale.
Pourtant, l’intensité de la communication qui, dès l’origine, s’est établie entre métropoles et colonies, par la circulation des hommes, des biens et des informations, invite à ne pas s’arrêter à l’inventaire des différences entre les territoires. L’économie de la dette consolidée, la pluralité juridique, l’investissement des groupes dans les institutions royales, l’encadrement religieux des dynamiques politiques, la formation des grands systèmes philosophiques et scientifiques, la diversification des ressources imaginaires et esthétiques: tous ces processus se sont également joués aux colonies, lointaines ou proches. Si l’on accepte cette hypothèse, c’est pour avancer que les sociétés des outremers participent de la dynamique générale de la formation des sociétés d’Ancien Régime, sans reproduire l’existant, sans jouir d’une complète autonomie, mais en enclenchant dans leur environnement propre des processus qui appartiennent à la même histoire que celle, classique, de l’Ancien Régime.
C’est sur cette base que les historiens brésiliens spécialistes de la période coloniale ont profondément modifié et enrichi notre perception des dynamiques socio-politiques d’Ancien Régime. Un phénomène éditorial comme la publication d’une version brésilienne de l’Histoire de la Vie Privée atteste de cette volonté de ne pas cantonner l’objet même dans un marginalité coloniale. Cette volonté n’a pas pour conséquence de minimiser l’un des traits les plus déterminants de l’évolution de l’Amérique portugaise : l’esclavage massif des noirs d’Afrique et des populations indigènes. Mais, à rebours, la façon dont cette société centralement esclavagiste a participé de l’ordre politique européen de son temps invite à interroger la société d’Europe elle-même. Une société où, certes, l’homme africain était moins présent, sans commune mesure, mais où le travail non-libre et même le fait servile était ordinairement admis. De même, si les sociétés des 16e-18e siècles sont ordonnées à des règles de droit qui admettent la diversité des cas et la concurrence même des normes entre elles, alors les territoires coloniaux ouvrent encore l’éventail des possibles. Telles sont quelques-unes des grandes questions qui organisent les discussions, parfois les confrontations, dans l’historiographie brésilienne actuelle.
Parce que nous sommes persuadés que la recherche conduite au Brésil dans ces domaines présente aujourd’hui un ensemble extraordinairement riche de propositions et d’hypothèses de travail, nous avons souhaité bâtir un programme qui offre l’occasion de débattre de façon suivie et cohérente de travaux conduits par des chercheurs brésiliens sur ces questions. Dans la mesure où l’histoire coloniale de l’Afrique devient un front pionnier de l’historiographie moderniste brésilienne, nous avons tenu à discuter également  les travaux en cours sur l’Angola à l’époque moderne.
 

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